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fév 26 2015

HOMMAGE DU DAL 35 AU BAPTÊME ALBERT JACQUARD DE LA PROMOTION 2014-2015 DE L’ EHESP DE RENNES

 

La promotion des élèves directeurs d’établissements sociaux et médico-sociaux de l’École des Hautes Études de la Santé Publique 2104-2015 a souhaité s’appeler « Albert Jacquard ». Cette promotion a eu la gentillesse de nous inviter à son baptême. Voici l’hommage rendu par une militante du DAL35 qui a côtoyé Albert.

Comme l’ont montré mes prédécesseurs scientifiques (Bernard Jegou, biologiste et Christian Dina, généticien), du fait de ses recherches en génétique, et depuis son « Éloge à la différence », le premier combat d’Albert fut celui contre le racisme.

Rapidement, ce combat s’étend au combat contre toutes les inégalités, dans lequel il décide de choisir le camp des plus démunis. Il quitte ainsi le « camp des salops », comme il disait, « de ceux qui laissent faire », pour s’engager auprès des Sans Logis, des mal logés, et des Sans papiers.

En mai 1990, l’association Droit au logement, dont Albert est Président d’honneur, est créé, suite à l’occupation par une cinquantaine de familles africaines, de la place de la Réunion dans le 20 ème arrondissement de Paris.

Au milieu d’une foule compacte, un porte-voix à la main, lui, le Professeur, sort des bancs de l’université, pour apporter, physiquement, concrètement son soutien, et encourager ces familles expulsées de leur logement, qui campaient là, depuis plusieurs semaines, avec leurs enfants.

Il se sent le devoir de diffuser ce qu’il appelle sa lucidité. Avec des mots simples, il transmet son savoir, ses réflexions, sur l’espèce humaine, et son espoir déterminé de la savoir un jour meilleure.

En 1991, il participe à un nouveau campement, quai de la gare, dans le 13 ème arrondissement.

Avec les militants et aux côtés du petit peuple en lutte, il réclame un logement décent et l’application de la loi de réquisition, une ordonnance de 1945, alors inappliquée, qui donne la possibilité aux forces publiques de réquisitionner des logements vides.

C’est ainsi qu’il participera également à des occupations d’immeubles vacants, comme celles de l’orphelinat 41 avenue Coty en 1993, ou encore de l’immense espace au 7 rue du Dragon en décembre 1994.

Lors de l’occupation de l’orphelinat, il s’insurge : « quand le maire de Paris dit que c’est à cause de nous que les enfants n’ont pas de crèche, mais il se fout de qui ? »

À l’occupation de l’immeuble rue du Dragon, il confie : « Chaque fois qu’on trouve un immeuble vide comme celui-là, pourquoi voulez-vous qu’on le laisse vide ? c’est pas sérieux! Mon devoir essentiel est de dire que la légalité est de notre côté. »

Dans la foulée de cette occupation, avec Mgr Gaillot et Léon Schwartzenberg, tout en continuant à cheminer avec le DAL, Albert a fondé et co-présidé l’association Droits devant !!

Albert lutte aussi pour la régularisation des sans papiers.

En 1996, à soixante et onze ans, il vient quotidiennement, y compris la nuit, soutenir les 350 personnes sans papiers, dont une dizaine en grève de la faim, qui se sont réfugiés depuis le 28 juin dans l’église St Bernard à Paris. Leur expulsion par les forces de police le 23 août est si violente, qu’Albert « comparera l’intervention des fonctionnaires de police chargés de l’évacuation de l’église Saint-Bernard à la rafle du Vel d’Hiv ».

Comme à son habitude, il explique : « L’immigration c’est la respiration d’un pays. L’immigration Zéro, c’est suicider notre pays. »

Plusieurs autres personnalités comme Léon Schwartzenberg, Marina Vlady et Emmanuelle Béart ont participé également à cette lutte pour obtenir leur régularisation. Comme, et avec eux, j’ai vécu, dans l’église Saint-Bernard un plaisir à l’état pur, pour reprendre les propos magnifiques d’Albert.

Il poursuit : « Nous étions tous un peu excités, mais nous étions prêts à bâtir ensemble. Pour avoir vécu ces moments, j’ai maintenant tendance à bannir le « je » de mon vocabulaire. Le surhomme, c’est « nous ».

En 2007, Albert est à Lille pour la même cause.

Alors interviewé, il dévoile à nouveau de manière simple et apparemment naïve, sa nouvelle réflexion : « Cette histoire de papier est un peu absurde ; j’ai compris tout d’un coup quelque chose : ce n’est pas « des papiers pour tous qu’il faudrait dire, ce sont des papiers pour personnes. »; rappelant ainsi que nous sommes tous de la même et unique espèce : l’espèce humaine.

En mars 2011, à l’occasion du passage de la caravane des sans-logis et des mal logés à Rennes, et en soutien au squat du 280 rue de Fougères où une 150taine de migrants avaient trouvé refuge avec l’aide du DAL 35, Albert avait accepté de venir donner une conférence. Malheureusement, son état de santé nous a privé du plaisir de le rencontrer et de l’écouter à nouveau.

Malheureusement aussi, le problème de logements des demandeurs d’asile demeure, l’état et les collectivités locales ne prennent toujours pas leurs responsabilités, les places en CADA, Centre d’Accueil et d’Hébergement des Demandeurs d’Asile, sont toujours insuffisantes.

Un an après, c’est une ancienne maison de retraite à Pacé, que le DAL 35 a réquisitionné pour y installer la plupart des demandeurs d’asile laissé toujours à l’abandon et à l’errance.

Albert avait repris le chemin de la lutte mais nous n’avons pas souhaité l’épuiser en le faisant revenir. Nous avons alors eu le plaisir d’accueillir Mgr Gaillot et JB Eyrault, le porte parole du DAL. Le jour de l’audience de la requête en expulsion demandée par le propriétaire, la SA HLM les Foyers, ils sont venus, tous deux, soutenir notre action, et ont rendu visite aux demandeurs d’asile à la réquisition de Pacé.

Albert n’avait pour autant pas épuisé toutes ses forces.

Ainsi, il manifestait encore avec le DAL, le 16 mars 2013, dés la fin de la trêve hivernale, aux côtés de l’actrice Josiane Balasko et de Mgr Gaillot, pour réclamer l’arrêt des expulsions, la baisse des loyers et du coût de l’énergie.

Jusqu’au bout, Albert, s’est engagé, a soutenu les plus démunis.

Mais il eut aussi bien d’autres combats qui ont en commun la recherche d’une société plus humaine :

Proche du mouvement altermondialiste, résolument opposé au libéralisme économique et à toutes les logiques de concurrence et de compétition, Albert était aussi un écologiste.

Dans « Voici le temps du Monde fini », il s’en prenait à la bêtise de ceux qui brûlent cette matière extraordinaire qu’est le pétrole, avant de prôner, ces dernières années, une « décroissance joyeuse ».

Tous ces combats avaient fait d’Albert une figure dérangeante pour de nombreux responsables politiques. Il ne s’est pas contenté de rester un simple « passager de l’histoire », comme il regrettait d’avoir été trop longtemps, il en a bel et bien été un riche acteur. Il nous a de surcroît laissé une œuvre considérable et une pensée universelle. 

Le 7 octobre 2013, le DAL a rendu un hommage particulier à son Président d’honneur en choisissant de rebaptiser la rue de la Banque en son nom. Cette rue, où se trouvait le siège de l’association et d’une vingtaine de familles, réquisitionné de 2006 à 2011, à deux pas de la place de la Bourse, a souvent été arpentée par Albert.

De nombreuses écoles ont déjà été baptisées de son nom, favorisant ainsi la transmission de son Œuvre. Tel est le meilleur hommage qu’on peut faire à ce remarquable pédagogue, qui a milité un demi-siècle durant pour une meilleure espèce humaine.

Le DAL 35 tient également à saluer la promotion D3S de l’École des Hautes Études de la Santé Publique de Rennes qui a souhaité, rendre à nouveau hommage à Albert en la baptisant de son nom, et inviter le DAL 35 à y participer. Nous vous en remercions vraiment vivement.

Albert était un éminent humaniste. Nous l’aimions beaucoup.

Rennes, le 24 février 2015

Nathalie Auger